Dossier 65 years of Roularta influencing editorial - Slow reading, par Ruth Goossens

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Après une routine matinale strictement minutée, nous partons au travail où nous sommes accaparés par les nombreux mails et réunions, pour rentrer ensuite dare-dare à la maison, en faisant peut-être un détour par le supermarché ou le club de fitness, et terminer la soirée dans le canapé, devant une série de Netflix. Tout au long de la journée, nous consultons aussi régulièrement les réseaux sociaux et suivons l’actualité sur notre smartphone. Bref, nous vivons à cent à l’heure. En plus d’être épuisant, ce train d’enfer incite à la superficialité, car il laisse peu de place à la réflexion.
 
Plus que jamais, le temps est un bien précieux. Ralentir le pas, prendre un moment de détente, se concocter un bon repas ou partir en voyage pour se déconnecter du train-train quotidien… Voilà une tendance qui s’exprime dans de nouveaux termes tels que le slow living, le slow food ou le slow travel. Nous sommes en quête d’expériences intenses et pleinement vécues. Or, la lecture d’un magazine en fait également partie. En contraste avec la vitesse à laquelle nous consultons mails, infos ou gros titres, la lecture posée d’un article plus long, d’une interview fouillée ou d’un reportage passionnant relève du "slow reading". C’est une expérience beaucoup plus intense que de faire défiler à toute allure un fil d’actualité en ligne. 
 
Les magazines n’ont aucun intérêt à tenter de faire concurrence aux informations rapidement accessibles sur le smartphone ou à la radio, dont nous avons souvent une indigestion en fin de journée. Ils poursuivent d’autres objectifs, qui sont le journalisme d’investigation et le décryptage de l’actualité dans toutes ses dimensions : politique, sociale ou culturelle. Et comme les lecteurs de magazines sont particulièrement exigeants en matière de qualité, seuls les titres qui visent l’excellence peuvent tirer leur épingle du jeu. Par ailleurs, il suffit de feuilleter quelques vieux magazines pour constater que ce n’était certainement pas mieux avant. De nos jours, la barre est placée beaucoup plus haut. Plus question de faire dans l’approximatif, car la qualité est devenue le mot d’ordre.  
 
La logique du "slow reading" s’applique aussi aux annonces, que l’on ne peut faire disparaître d’un clic ou "scroll" de souris. Qui plus est, chaque exemplaire de magazine est lu par plusieurs personnes et présente une durée de vie très longue. C’est pourquoi l’exigence de qualité ne peut se limiter aux contenus éditoriaux, mais concerne tout autant la publicité. De plus en plus populaires, les publi-reportages ou publicités natives doivent également répondre à des critères stricts en termes de créativité et d’exécution. Un publi-rédactionnel qui encense un produit sans la moindre nuance ou une interview de CEO mal ficelée qui ressemble à une page éditoriale, sont préjudiciables au titre qui les publie. 
 
Contrairement aux réseaux sociaux et aux infos disponibles en ligne, les magazines sont des médias payants. Le lecteur critique est donc en droit d’attendre que l’ensemble de la parution, y compris la publicité, lui procure une valeur ajoutée. 
 
Soulignons d’ailleurs que les belles campagnes d’image menées dans les magazines lifestyle prouvent que les publicités ne doivent pas forcément ressembler à du contenu éditorial. Elles font même partie intégrante du plaisir de lecture, en invitant au rêve et en dévoilant de nouvelles tendances au premier coup d’œil. L’avantage pour l’annonceur ? Il présente efficacement sa marque à l’aide d’un visuel percutant ou d’un format attractif, sans crainte de voir son annonce balayée instantanément d’un mouvement de doigt…